Solitude expedition: Chapter 6 - 17 hours to break me
Expedition story
2 hours of sleep tonight, over the last 4 days I slept a total of 10 hours. 3am, the jeep pulls in front of the hotel. I feel drunk with exhaustion. I push my bags down the stairs, I can’t lift them. The driver speaks 3 words of English and starts attaching my bags to the roof. I walk to the front of the jeep and take a look inside. A powerful wave of despair grips me, the fight or run kind of moment.
There are already 8 people in the jeep, 4 at the back and another 4 in the boot. I have a few seconds to make a decision, do I keep fighting and get in or do I give up? I already know today will be horrible and I really want to give up, I want to sleep, I want it to be easy … My hand grabs the door handle, I open the door and get in…
My head rolls around like a disembodied puppet. I drift from consciousness to sleep; we drove for 1h on the road before it turned into a track. It’s now 5am and the driver is already blasting traditional Nepali songs. They are so repetitive, I’m going mad.
Around 6am I wake up or so I believe. I can’t be awake, we are driving in the middle of a river. I am dreaming, right? Apparently not, so this is my new reality. Soon after we stop for breakfast. As hungry as I am, I can’t bring myself to eat anything. It is simply impossible to differentiate the toilets and the kitchen.
On we go, hours are drifting, we stop in the most remote villages I have ever been to. I spend hours looking out of the window, I can’t believe what I see. The sheer scale of the poverty is making me sick. Adults sitting in sheds on the side of the track selling a few fruits, individual cigarette, and single shots of mouth wash.
The deeper we go, the more staggering it becomes. Woman sitting on piles of rocks, hammering them to the right size. Kids playing with rubbish barefoot in the mud. The side of the track is covered in rubbish and the driver constantly throws his own waste by the window.
Why so much inequality? Today I see in vivid colours something I have known for some time. People tend to say that their success is only due to their hard work. I believe this is incredibly unfair. I was born with an incredible luck, white, in Western Europe, in a loving and caring family and received a great education. With this set of lucky cards I worked very hard to achieve my dreams.
Pride in our work is primordial but one should never forget the luck he receive in the first place.
This is what’s in my mind when the driver leaves me on the side of the track, at night, in the rain, in a remote village.
- « 15 min, I back 15 min »
When an hour later he still hasn’t returned, I hang onto this thought:
- « I want to go home now, it’s hard but at least I can. When I look at the villagers around me, I know that most of them will only ever see as far as the next village. At least I have the choice. »
Finally, after 17h we park in front of a shake of a lodge. I get all my bags into my room, I sit on the bed and break. I can’t stop the flow of tears, I hyperventilate, I can’t control it, like a child. Days and days of hardship finally broke me. I want to go home, please get me home. But I can’t, even if I wanted to. I can’t, I am days away from home.
I go downstairs, take my first meal of the day, speak to an old Sherpa. Finally, I go to sleep. I can’t cry anymore, I’m empty.
I fall asleep, when I wake up the next day I have recovered some strength. I will not give up now, I just can’t. I haven’t come this far for it to end now. I pack my bags and take my first step on the trails.
One step at a time, for the adventure, for the memories, for the people who can’t.
🇫🇷🇫🇷🇫🇷
2 heures de sommeil cette nuit, au cours des 4 derniers jours j’ai dormi un total de 10 heures. 3h du matin, la jeep s’arrête devant l’hôtel. Je me sens ivre de fatigue. Je pousse mes sacs dans les escaliers, je ne peux même pas les soulever. Le conducteur parle 3 mots d’anglais et commence à attacher mes sacs au toit. Je marche jusqu’à l’avant de la jeep et jette un coup d’œil à l’intérieur. Une puissante vague de désespoir s’empare de moi.
Il y a déjà 8 personnes dans la jeep, 4 à l’arrière et 4 autres dans le coffre. J’ai quelques secondes pour prendre une décision, est-ce que je continue à me battre et je monte ou est-ce que j’abandonne ? Je sais déjà qu’aujourd’hui sera horrible et j’ai vraiment envie d’abandonner, je veux dormir, je veux que ce soit facile pour une fois... Ma main attrape la poignée de la porte, j’ouvre et entre...
Ma tête roule comme une marionnette désincarnée. Je dérive de la conscience au sommeil ; nous avons conduit pendant seulement 1h sur la route avant qu’elle ne se transforme en piste. Il est maintenant 5h du matin et le conducteur est déjà en train d’écouter à plein volume des chansons traditionnelles népalaises. Elles sont tellement répétitives, je deviens fou.
Vers 6 heures du matin, je me réveille enfin, enfin c’est ce que je crois. Je ne peux pas être réveillé, nous conduisons au milieu d’une rivière. Je rêve, n’est-ce pas ? Apparemment non, voilà ma nouvelle réalité. Peu de temps après, nous nous arrêtons pour le petit déjeuner. Aussi affamé que je sois, je ne peux rien manger. Il est tout simplement impossible de différencier les toilettes de la cuisine.
Les heures sont à la dérive, nous nous arrêtons dans les villages les plus reculés où je ne suis jamais allé. Je passe des heures à regarder par la fenêtre, je ne peux pas croire ce que je vois. L’ampleur de la pauvreté me rend malade. Des adultes assis dans des cabanons sur le côté de la piste vendent quelques fruits, des cigarettes à l’unité et des doses uniques de bain de bouche…
Plus on s’enfonce, plus ça devient écœurant. Des femmes sont assises sur des tas de rochers, les martelant à la bonne taille. Les enfants jouent avec des ordures pieds nus dans la boue. Le côté de la piste est couvert de déchets et le conducteur jette constamment ses propres déchets par la fenêtre.
Pourquoi tant d’inégalité ? Aujourd’hui, je vois en réalité quelque chose que je sais depuis un certain temps. Les gens ont tendance à dire que leur succès n’est dû qu’à leur travail acharné. Je crois que c’est incroyablement injuste. Je suis né avec une chance incroyable, blanc, en Europe de l’ouest, dans une famille aimante et attentionnée et j’ai reçu une excellente éducation. Avec cet ensemble de cartes chanceuses, j’ai travaillé très dur pour réaliser mes rêves.
La fierté de nos efforts est primordiale, mais il ne faut jamais oublier la chance que nous avons reçue.
C’est ce que j’ai en tête quand le conducteur me laisse sur le côté de la piste, de nuit, sous la pluie, dans un village isolé.
- « 15 min, je reviens 15 min »
Quand une heure plus tard il n’est toujours pas revenu, je m’accroche en pensée :
- « Je veux rentrer chez moi maintenant, mais au moins moi je peux. Quand je regarde les villageois autour de moi, je sais que la plupart d’entre eux ne verront jamais plus loin que le prochain village. Au moins j’ai le choix. »
Enfin, après 17h, nous nous garons devant un lodge qui ressemble plus à une cabane. Je mets tous mes sacs dans ma chambre, je m’assois sur le lit et je me m’effondre. Je ne peux pas arrêter le flot de mes larmes, j’hyperventile, je ne peux pas me contrôler, comme un enfant. Des jours et des jours de difficulté m’ont finalement brisé. Je veux rentrer chez moi, s’il vous plaît, ramenez-moi à la maison. Mais je ne peux pas, même si je le voulais. Je ne peux pas, je suis à plusieurs jours de chez moi.
Je descends, prends mon premier repas de la journée, parle à un vieux sherpa. Enfin, je vais dormir. Je ne peux plus pleurer, je suis vide.
Je m’endors et quand je me réveille le lendemain j’ai récupéré une certaine force. Je n’abandonnerai pas maintenant, je ne peux tout simplement pas. Je ne suis pas arriver jusqu’ici pour que ça se termine maintenant. Je fais mes sacs et je fais mon premier pas sur les sentiers.
Un pas après l’autre, pour l’aventure, pour les souvenirs, pour les gens qui ne peuvent pas.








Thank you, Rèmi, your stories are a reminder that 99% of what we have is pure luck. It is pure luck to have choices. Sending you hugs from halfway across the world ❤️
« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire »
Pour tous ceux qui ne peuvent pas 🫶🏼
Je t’envoie toute ma force !